16.12.2009
FIGURES DES BARONNIES n°1
Portrait de
Jean-Claude MÈGE, archéologue et gardien d’incertitudes.
Dès l’âge de six ans, le fils du boucher de Dieulefit furetait, le nez au ras de l’herbe, en quête d’insectes et de trouvailles de hasard. Jean-Claude MÈGE ne découvrira Nyons que quelques années plus tard, comme par surprise : « Vers dix, douze ans, j’ai dû dire à mes parents : On n’est jamais allé visiter Nyons ?! Ils m’ont donc emmené à Nyons, pour m’inscrire au Lycée, comme interne… » Jean-Claude affectionne ces formules laconiques qui ménagent quelques silences propices à l’esquive. Cet admirateur de Jean-Henri FABRE est allé à Avignon, dans les années 1963-1965 pour acquérir une formation de monteur câbleur en électronique. « Déjà à ce moment-là, la mouche de l’archéologie m’avait piqué. Je m’intéressais à l’histoire des petits pays, des villages. Je commençais à visiter les musées. »
"Moi, j’aimerais comprendre ce qui se passe ; c’est ça le fil conducteur…"
Pour la conversation, Jean-Claude MÈGE s’est assis au beau milieu du fourbi habituel d’un chantier archéologique ; en l’occurrence, celui de la Chapelle de Chausan à Nyons. Comme toujours, il n’aimerait pas être pris au dépourvu. De sa chaise, il sait pouvoir appeler en renfort, une pièce de monnaie ou quelques morceaux de céramique trouvés quelques jours plus tôt : « La première chose que m’a apprise Charles LAGRAND, mon parrain en archéologie, c’est qu’on n’est sûr de rien. On ébauche des hypothèses qu’on essaye d’étayer avec des objets, avec ce que l’on a trouvé, en se disant toujours peut-être… »
Ce n’est que depuis le début des années 90 que Jean-Claude peut se consacrer à sa passion. « Avec mon CAP d’électronicien, je suis rentré dans l’armée de l’air comme radio-radar, pendant 25 ans, jusqu’en 1991. J’ai terminé ma carrière à la base aérienne d’Orange, comme mécanicien sur les radars des Mirage III, IV et F1. » L’archéologue amateur, fouilleur bénévole des chantiers du Pègue et de Montbrison, élève de Jean-Jacques HATT et de Charles LAGRAND ; compagnon de fouilles de René GRAS, « un pionnier, qui a fondé la société d’archéologie de Nyons dès la fin des années cinquante. » va obtenir, à 44 ans, son premier contrat à durée déterminée à l’AFAN (Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales), une émanation du ministère de la culture. Trois ans plus tard, le grand chantier du TGV s’installe dans la vallée du Rhône, entre Valence et Avignon.
Jean-Claude MÈGE fait partie des 250 personnes qui fouillent, à plein temps, une année durant. L’archéologue Nyonsais obtiendra un contrat à durée indéterminée alors que l’AFAN se transforme en Institut National de la Recherche en Archéologie Préventive (INRAP). Devenu professionnel, Jean-Claude découvre les délais serrés imposés par les financeurs, les bulldozers qui talonnent les fouilleurs. On le missionne pour fouiller à Montargis, Dôle, Besançon ou Vichy… À chaque fois il s’acquitte avec minutie des rapports qui font la part belle aux relevés, dessinés avec précision.
Sur sa fine table à dessin ambulante, Jean-Claude parachève un croquis au 20ème, pour lequel il a mesuré chaque pierre. Pour lui, l’archéologie a aussi des côtés destructeurs : « Quand on fouille, on enlève. On est donc obligé de réécrire ce que l’on a trouvé – et déplacé – par des écrits, des dessins et des photos. J’aime bien faire ces relevés au crayon. Mon regret, c’est de ne pas avoir pu former de jeunes, quand j’étais en activité professionnelle. »
"L’objet c’est juste un passage. L’important, c’est de le faire parler…"
Le monteur câbleur en électronique était appelé à relier des éléments appelés composants. Les monnaies, les céramiques, les petits objets métalliques, les ossements animaux et humains, que l’archéologue sortira méthodiquement de la fouille ; il les associera avec l’aide des spécialistes des divers domaines. « C’est le matériel qu’on va étudier qui nous servira à matérialiser nos hypothèses. On a besoin de chimistes pour analyser le « matériel » ; de physiciens pour faire des datations au carbone 14 ; de photographes et d’aviateurs pour prendre des photos aériennes… Chacun apporte sa pierre à l’édifice commun et en améliore le travail scientifique… »
De Dieulefit à Nyons, via Saint-Dizier, Istres et Orange, en passant par le Tchad, l’espace de quelques mois, Jean-Claude aurait-il transporté sa solitude ? Il tempère : « En entomologie comme en archéologie, il faut quand même avoir un réseau. C’est peut-être une recherche solitaire au sein d’un vaste réseau. Oui, c’est bien possible. À ce moment, sur ce chantier, on est quatre ou cinq. Nous sommes aussi un petit groupe solitaire…» De fait, le président de la Société d’Archéologie et d’Histoire de Nyons et des Baronnies et de l’association archéologique de Montbrison, ne peut rester bien longtemps sans évoquer son équipe à l’œuvre à la Chapelle Chausan : « Madame HAUSSY a une formation à l’archéologie qui est beaucoup plus universitaire. Moi, j’ai une formation d’archéologue de terrain ; deux mondes un peu différents, mais complémentaires. Il y a ceux qui ont le savoir et ceux qui ont la pioche. Madame LAGIER aime bien « gratter » et elle a commencé, comme moi, aux débuts du musée archéologique de Nyons. Elle est peut-être la plus attirée par l’objet (de nous tous). Alain Le Roux, lui, a travaillé à l’AFAN pendant quelques mois. Il est un peu familiarisé au métier. Le mari de Madame HAUSSY est là parce que ça lui plaît et il a un bon coup de pioche. »
"À Pompéi, ils n’ont pas tout fouillé non plus…"
La plus belle découverte de Jean-Claude MÈGE, de son propre aveu, c’est une mosaïque de 107 m2 mise au jour à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Il nuance, cependant : « C’était une découverte extraordinaire, mais, pour l’émotion, j’ai une préférence pour ces deux morceaux de céramique que Claire LAGIER a trouvé récemment. Ils vont nous permettre d’étayer l’hypothèse que la couche dans laquelle ils ont été trouvés n’était pas à l’état naturel. » Au passage, le Nyonsais s’amuse de l’origine de son patronyme qui signifierait « médecin ou rebouteux en provençal », comme de ses lointaines ascendances italiennes, en évoquant le dicton de Saint-Nazaire-Le-Désert : « Les MÈGE, c’est comme les œufs, on les compte à la douzaine. » Vous l’aurez compris Jean-Claude MÈGE n’est pas près de remiser la truelle et le porte-mine, fidèle à une méthode qui est aussi une tournure d’esprit : « De par mon métier ou à cause de mon métier, j’ai appris à me remettre en question. Chaque fois que je trouve quelque chose, je me dis, attention, il faut peser le pour et le contre. C’est la même chose dans la vie personnelle. »
Texte et photos : Didier Rousselle
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21.06.2009
Le pain d'alouette
Le pain d'alouette est un joli concentré de mémoire.
Le bout de pain voyageur revenait parfois des champs vers la maison, nanti d'un titre de noblesse : Avoir été promis (et épargné) au repas du père, souvent, de la mère, plus rarement, et revenir indemne ou presque, mais enrichi, parfumé de son séjour dans la musette. Ah, la "musette" paternelle ; n'était-elle pas plus éloquente qu'un accordéon ? Retour des champs, retour d'amour, pour l'enfant. (16-02-06)
17:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : manger, revenir des champs, souvenirs, mémoire d'enfance



